{"id":2573,"date":"2019-04-16T13:38:21","date_gmt":"2019-04-16T12:38:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.hotelmodern.nl\/?p=2573"},"modified":"2019-04-16T13:38:21","modified_gmt":"2019-04-16T12:38:21","slug":"des-marionnettes-pour-conter-auschwitz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/hotelmodern.nl\/en\/des-marionnettes-pour-conter-auschwitz\/","title":{"rendered":"Des marionnettes pour conter Auschwitz"},"content":{"rendered":"\n<p>La compagnie Hotel Modern\ntrouve la bonne distance pour parler des camps de la mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Auschwitz en marionnettes?\nLa proposition peut l\u00e9gitimement susciter un certain sentiment d&#8217;incr\u00e9dulit\u00e9,\nvoire de malaise. La compagnie n\u00e9erlandaise Hotel Modern l\u2019a os\u00e9, pourtant, en\nun spectacle extraordinaire et bouleversant, <em>Kamp<\/em>, cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Rotterdam (Pays-Bas) en 2005 et qui, depuis, ne cesse\nde tourner dans toute l\u2019Europe. En France, on a pu le voir juste quelques soirs\nen 2006 \u00e0 La Ferme de Buisson, \u00e0 Noisiel (Seine-et-Marne), puis en 2008, \u00e0\nMalakoff (Haute-de-Seine). Le revoil\u00e0 au Centquatre, \u00e0 Paris, o\u00f9 il fait\nl\u2019ouverture de Temps d\u2019Images, le festival qui m\u00eale arts de la sc\u00e8ne, arts\nplastiques et visuels. Il lance une belle programmation plac\u00e9e sous le signe\ndes relations entre l\u2019indicible et les images. <\/p>\n\n\n\n<p><em>Kamp<\/em>, c\u2019est donc le camp\nd\u2019Auschwitz reconstitu\u00e9 dans ses moindres d\u00e9tails, en une vaste maquette qui\noccupe l\u2019espace de la sc\u00e8ne. Les baraquements, la ligne de chemin de fer, les\nbarbel\u00e9s, le portail o\u00f9 s\u2019affichaient les mots \u2018Arbeit macht frei\u2019 (le traivail\nrend libre), et m\u00eame les chambres \u00e0 gaz et les fours cr\u00e9matoires. A l\u2019int\u00e9rieur,\ntrois mille figurines de 8 centim\u00e8tres de haut, repr\u00e9sentant les d\u00e9port\u00e9s et\nleurs gardiens, manipul\u00e9es par trois marionnettistes de la compagnie. Le\nspectacle montre la machine de mort industrielle \u00e0 l\u2019\u0153uvre, en un journ\u00e9e\n\u2018ordinaire\u2019, si l\u2019on peut dire, du camp. Le g\u00e9nie des trois animateurs de la\ncompagnie, Herman Helle, Pauline Kalker et Arl\u00e8ne Hoornweg, c\u2019est d\u2019avoir\ntrouv\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 la marionnette, une forme de repr\u00e9sentation \u00e0 la fois v\u00e9ridique\net abstraite, proche et distanci\u00e9e. Autrement dit, qui peut susciter une forme\nd\u2019identification retenue et r\u00e9flexive, loin de toute \u00e9motion facile. Les\nfigurines, que l\u2019on doit \u00e0 Herman Helle, le plasticien de la compagnie, sont en\nelles-m\u00eames fascinantes. Model\u00e9s dans l\u2019argile, les visages, tous diff\u00e9rents, s\u2019inspirant\ndu Cri, le c\u00e9l\u00e8bre tableau de Munch. Les corps en fil de fer rev\u00eatus du pyjama\nray\u00e9 deviennent transparents, moul\u00e9s dans une sorte de r\u00e9sine, \u00e0 l\u2019approche de\nla chambre \u00e0 gaz. Corps-fant\u00f4mes, ceux qui sont jet\u00e9s dans la fosse commune\nsont fa\u00e7onn\u00e9s dans la glaise, \u00e0 laquelle ils semblent se m\u00ealer.<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me coup de g\u00e9nie\ndes cr\u00e9ateurs d\u2019Hotel Modern, c\u2019est la mani\u00e8re dont ils jouent sur le macro et\nle micro. Le regard du spectateur embrasse \u00e0 la fois l\u2019ensemble du camp, avec\nses figurines qui ont juste la taille n\u00e9cessaire pour qu\u2019on les distingue\ndepuis la salle, et de multiples d\u00e9tails film\u00e9s en direct sur le plateau et\nprojet\u00e9s sur l\u2019\u00e9cran de fond de sc\u00e8ne, en des images trembl\u00e9es, nocturnes,\nspectrales. Les micros-cam\u00e9ras entrent dans les dortoirs des baraquements, dans\nles valises o\u00f9 tra\u00eenent encore les effets personnels des d\u00e9port\u00e9s, dans les\nmiradors, dans la chambre \u00e0 gaz. Elles s\u2019attardent sur les visages muets,\nempreints d\u2019incompr\u00e9hension face \u00e0 l\u2019impensable. Pas de paroles. Mais un\ntravail sur le son sophistiqu\u00e9 renfor\u00e7ant la sensation d\u2019un monde fant\u00f4me,\nirr\u00e9m\u00e9diablement vou\u00e9 \u00e0 hanter les esprits. C\u2019est l\u2019ensemble de ce travail sur\nl\u2019image, le son, les figurines, le rapport troublant et d\u00e9licat entre les\nmarionnettes et leurs manipulateurs deus ex machina aussi, qui \u00e9loigne la\nrepr\u00e9sentation de tout r\u00e9alisme et la charge de toute sa force expressive.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2018Au d\u00e9but, nous avons\ntravaill\u00e9 avec des \u00e9l\u00e9ments plus r\u00e9alistes,\u2019 racontent Pauline Kalker et Ruud\nvan der Pluijm, qui signe la conception sonore du spectacle. \u2018Il devait y avoir\ndu texte, et des sons issus du r\u00e9el comme des hurlements d\u2019hommes ou de chiens.\nOn s\u2019est rendu compte que cela ne marchait pas, que ces \u00e9l\u00e9ments nous\nramenaient du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019anecdotique, qu\u2019ils avaient m\u00eame quelque chose de naus\u00e9abond.\nEt, aussi, que la magie apport\u00e9e par la figurine disparaissait avec la pr\u00e9sence\ndu texte\u2026On a fait l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019inexprimable, et on est all\u00e9s vers\ndavantage d\u2019abstraction. L\u2019\u00e9tonnement que nous cherchons \u00e0 cr\u00e9er s\u2019accro\u00eet avec\nl\u2019absence d\u2019explication.\u2019<\/p>\n\n\n\n<p>\u2018Fabriquer des marionnettes que nous allons gazer ou pendre, reproduire Auschwitz en miniature, c\u2019est \u00e9trange, indubitablement,\u2019 remarque Pauline Kalker, qui note la dimension de \u2018catharsis personnelle\u2019 que rev\u00eat pour elle le spectacle \u2013 son grand-p\u00e8re est mort dans les camps. La catharsis a lieu aussi pour le spectateur, tant l\u2019\u00e9quipe d\u2019Hotel Modern a trouv\u00e9 la forme juste, avec ses milliers de figurines stylis\u00e9es qui, effectivement, exercent leur fonction magique de symbolisation et d\u2019appropriation. En 2014, on pourra voir un peu partout en France <em>La Grande Guerre<\/em>, autre spectacle remarquable, sur la guerre de 1914-1918, sign\u00e9 par les cr\u00e9ateurs d\u2019Hotel Modern \u2013 des artistes qui ont bien raison de penser qu\u2019ils peuvent partir \u00e0 l\u2019assaut des grands sujets avec leurs petites marionnettes.<\/p>\n\n\n\n<p>19-9-2013<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le coup de g\u00e9nie des cr\u00e9ateurs, c\u2019est la mani\u00e8re dont ils jouent sur le macro et le micro. Le regard du spectateur embrasse \u00e0 la fois l\u2019ensemble du camp, avec ses figurines qui ont juste la taille n\u00e9cessaire pour qu\u2019on les distingue depuis la salle, et de multiples d\u00e9tails film\u00e9s en direct sur le plateau et projet\u00e9s sur l\u2019\u00e9cran de fond de sc\u00e8ne, en des images trembl\u00e9es, nocturnes, spectrales. 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